Dr Édouard Beltrami
Médecin - Psychiatre
Sexologue clinicien
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Troubles somatoformes et douleurs chroniques en psychiatrie[1]*
Edouard BELTRAMI

I- L’Importance du psychologique dans le phénomène de la douleur

A) Différence entre la douleur aiguë et la douleur chronique

Lorsqu’il y a douleur aiguë, il y a une destruction tissulaire qui est facilement observable dont on peut définir la cause et l’existence par l’examen médical et les dif­férents tests. Par contre, lorsqu’il y a douleur chronique, souvent l’événement qui a causé la perte tissulaire n’existe plus et la causalité devient plus floue.

Il est important de comprendre des notions nouvelles et plus particulièrement celle de la plasticité neuronale. En effet, les neurones qui ont causé la douleur lors d’une perte tissulaire « ont appris » décharger même quand cela n’est pas nécessaire pour protéger l’organisme. Nous avons là l’exemple du membre fan­tôme ou un individu souffre d’une douleur du petit orteil de la jambe gauche alors que la jambe gauche n’existe plus, depuis longtemps.

En tant que psychiatre nous pouvons comparer cela au trouble obsessif compul­sif où l’individu se répète des rituels qui ont perdu toute signification ou souffre d’obsessions que l’individu considère ne pas être réalistes mais il ne peut d’em­pêcher d’avoir de l’anxiété à ce sujet. Il s’agit en fait que les neurones ont été faci­lités pour les circuits (engrammes) de ces comportements. Il revient au prix Nobel Eccel d’avoir montré que la mémoire était enracinée d’une manière biologique dans les neurones et qu’un circuit qui est mémorisé voit ses neurones grossir en volume parfois en diversité des ter­minaisons nerveuses, en vésicules de neu­rotransmetteurs plus volumineuses et toute la pensée où le stimulus douloureux qui emprunte un réseau de neurones voit ce circuit facilité et parfois les décharges vont avoir lieu sans raison ou avec une très faible stimulation. Que ce soit une idée obsessionnelle qui n’a pas de raison d’être, ou une douleur qui existe même si l’origine de la douleur a disparu depuis un certain temps.

Cette notion de neurostimulation peut faire se comprendre d’une autre manière. Si on considère le cas d’un sportif de haut niveau, il va produire lors de l’effort des endorphines, un produit cérébral sem­blable à la morphine, stimulé par le sport intense. Des recherches plus récentes ont montré qu’il y a également de l’endo cannabis, c’est-à-dire une substance très proche du cannabis mais qui n’en a pas les effets nocifs.

Donc, cet individu très actif aura un seuil de la douleur très élevé, ce qui signi­fie que cela demandera une douleur très forte pour qu’il la ressente.

Par contre, si on prend l’exemple d’une personne qui a subi une mononu­cléose et qui est resté alitée pendant longtemps à cause de sa maladie la tolérance à la douleur sera différente. Cette personne, nous le savons, se décal­cifie. Ce phénomène est facile à observer, mais il y a d’autres facteurs biologiques et cérébraux, plus difficiles à déceler, qui se détériorent. La décalcification est plus facile à prouver que les autres. Nous savons que même les astronautes ne peu-vent pas empêcher cette décalcification s’ils sont dans cette même situation : s’il y a peu de force qui est appliquée sur les os.

Donc, cette personne va avoir un seuil de la douleur très bas et des petits éléments qui ne causent pas de douleur chez la majorité des gens vont causer des douleurs chroniques ou de la fibromyal­gie. Ce qui semble être garant de cette hypothèse est que le seul moyen de retourner des individus qui font de la fibromyalgie à leurs activités habituelles est de leur faire des activités modérées mais de plus en plus intensives.

Donc, les chercheurs dans le domaine de la douleur ont réalisé que plusieurs événements cérébraux peuvent aug­menter la douleur. En effet, s’il n’y a pas de compétition avec d’autres sensations, si la personne est isolée ou s’ennuie, la douleur va être plus marquée. Nous savons tous que s’il y a un gain secondaire à ce moment là, la douleur est ressentie comme plus forte.

Dans les recherches montrant l’im­portance des facteurs psychologiques dans la douleur, que nous avons cité antérieurement dans un congrès de l’Association des Médecins du Travail du Québec (Beltrami, 2002), c’est la recherche de Gary J Macfarle, Isabelle M Hunt et Alan J Silman (2000) qui ont examiné des individus entre 18 et 65 ans avant que les douleurs apparaissent et ont éliminé les individus ayant déjà des douleurs. Ils ont vérifié dans cette étude prospective, 2 ans après, ce qui leur était arrivé. L’étude por­tait sur près de 2000 individus. Ils se sont Text Box: aperçus que contrairement à ce qu’ils pensaient, ce n’est pas seulement des douleurs mécaniques qui ont causé des douleurs de l’avant bras mais que les individus ayant des douleurs avaient beaucoup plus de symptômes somatoformes (trouble psychiatrique qui mime une ma­ladie physique) ou même des douleurs chroniques diffuses qui correspondaient aux critères de l’American College of Rhumatology pour la fibromyalgie pour 45 % des cas et ces douleurs n’étaient pas reliées dues à mouvements répétitifs. Ils se sont aperçus également qu’un des critères importants de 50% des causes étaient la détresse psychologique, les aspects comportementaux de santé et des symptômes somatoformes importants. 

B) Impact selon l’International Association for the Study of Pain (IASP) Cette association prône le fait que la douleur est à la fois une expérience sen­sorielle et émotionnelle. Comme nous l’avons expliqué au début dans une douleur aiguë, celle-ci est proportionnelle à la destruction des tissus et s’y ajoute des facteurs d’un modèle prôné par cette association le modèle « Bio Psycho Social ».

Les facteurs psychologiques peuvent être des émotions comme la peur, la colère, la rage et le sentiment d’injustice ou une douleur comme porte drapeau symbolique d’une injustice subie. Les personnes victimes d’accident, qu’ils trou-vent parfois, avec juste raison, totalement injuste, sont souvent enragées contre les personnes qui ont causé cet accident, ils ont une déception des facultés perdues par l’accident, ils sont enragés contre des institutions qui ne peuvent pas leur permettre un retour en arrière complet mais qui peuvent compenser un peu sans leur permettre une « restitutio as integrum ». Plus ces facteurs existent, plus l’individu subit sa douleur longtemps. Cette douleur est même un signe et un porte- drapeau montrant combien les chauffeurs sont brutaux, comment les institutions sont inadéquates, comment les médecins n’évaluent pas et ne traitent pas d’une manière satisfaisante par la suite.

Néanmoins ce que l’individu ne sait pas c’est qu’en faisant cela, il se nuit à lui-même. Il existe des fausses croyances qui empirent la situation. Cette notion inspirée par la théorie comportementale cognitive montre que certaines croyances erronées peuvent amplifier cette douleur. En effet, si on considère que par une forme de pen­sée catastrophique que la douleur est un début de cancer ou qu’il y a une détério­ration d’un membre, l’individu va souffrir plus. Ces croyances inadéquates, comme le fait de penser que rester coucher va être meilleur que de rester actif peuvent con­tribuer à amplifier la douleur.

 C) Facteurs Temps (Chapman)

Cet auteur montre que pour la douleur dans les premiers 6 mois la réadaptation est facile. Par contre, dans les 24 mois suivant l’adaptation est différente, diffi­cile et plus le temps passe plus l’individu souffrant vu comme invalide par son entourage se fixe dans un portrait de maladie chronique.

L’auteur Gatchel a défini le facteur temporel sur 3 stades.

 1)   Réactions normales comme la peur, l’anxiété, la préoccupation de l’avenir. L’individu pendant ce temps-là a une ces­sation des sports habituels, des diminu­tions de loisirs et le sentiment d’être inutile.

 2)   Les complications psychologiques avec perte d’espoir, détresse, dysphorie, colère et somatisation. Ces complications révèlent la fragilité individuelle et parfois font ressortir des troubles de personnalité qui sont dormant jusque là. Le contexte social au travail (s’il y a eu tension) peut l’amplifier.

 3)   L’individu prend le rôle de malade installé, qui a des gains secondaires et il est difficile de le faire sortir de cette situation.

 D) Importance d’un traitement précoce

Dès le début, il est important que l’intervention se fasse non seulement sur le plan biologique mais également sur le plan psychologique. La thérapie comportementale cognitive s’est avérée être très importante. Il faut contrer les individus qui disent : « ma douleur n’est pas dans ma tête laissez-moi tranquille, réglez médicalement ma douleur ». Il faut expli­quer à ces individus la complexité du phénomène de la douleur.

II- Douleur et classification psychiatrique du DSM

ADSM-III (1980)

Les auteurs font remarquer que même le DSM n’a pas pris en compte d’une manière suffisante la douleur.

D’abord, le DSM-III (1980), considérait qu’il y avait des douleurs psychogènes mais ce n’est pas retenu par la suite car on a réalisé que ça faisait une dichotomie trop forte entre les facteurs organiques etpsychogènes. À la rigueur, je considère que le fait de parler de facteurs fonctionnels et organiques pourrait avoir une certaine véracité. Un trouble psychiatrique fonctionnel est un trouble qui n’atteint pas des organes et qui ne peut pas se diagnosti­quer sur le plan organique comme un fort battement de cœur comme lorsqu’on fait du jogging. Par contre, ce n’est pas normal quand la personne est au repos et ne fait pas d’effort particulier de retrouver un battement de cœur élevé.

Cela est contraire aux maladies psychosomatiques comme l’angine de poitrine ou la colique ulcéreuse, où les facteurs organiques sont mesurables par les tests et par l’examen clinique mais nous savons que des stress amplifie la condi­tion.

 BDSM-IV

Plus tard, le DSM-IV parle de trouble douloureux mais pour cela il faut que le psychologique ait un rôle majeur dans le début de la maladie, la sévérité, l’exacer­bation et le maintien de la douleur.

 1. Le trouble somatoforme

Il faut encore une fois que le côté psychologique joue un rôle majeur dans le début de la maladie, la sévérité, l’exacerbation et le maintien de la douleur. Il faut inscrire le trouble médical sur l’axe III. Le DSM-IV considère que ce trouble est aigu quand il a moins de 6 mois et qu’il est chronique quand il dure plus de 6 mois. Un élément du DSM-IV est le trouble somatoforme qui est un trouble qui fait penser à un trouble médical mais qui est causé par un trouble psychiatrique comme par exemple, l’anxiété. Il faut évidemment que ce soit non volontaire et non conscient. Plusieurs sous éléments font partie du trouble somatoforme.

 1) Trouble de somatisation

La somatisation qui est très proche des symptômes que Briquet avait décrits en relation avec l’hystérie qui à l’époque mimait des troubles neurologiques, des pertes de conscience et des convulsions mais le DSM-IV est plus restrictif que le syndrome de Briquet. Cela demande un début avant l’âge de 30 ans, 4 douleurs à des sites différents, dos, articulations, poitrine, rectum, extrémités et organes génitaux,2 douleurs gastro-intestinales, nausées, vomissements, diarrhée, intolérance alimentaire,1 symptôme sexuel, 1 symptôme neurologique : du déséquili­bre, sensation de boule dans la gorge, rétention urinaire et le tout ne doit pas pouvoir être expliqué d’une manière médicale.

2) Trouble somatoforme indifférencié Il faut qu’il y ait des troubles médicaux de plus de 6 mois sans présenter le trouble somatoforme complet; de la fatigue con­tinuelle, des troubles gastro-intestinaux, des troubles génito-urinaire et une perte d’appétit. S’il existe un trouble médical il faut que la dysfonction produite soit dis-proportionnée par rapport à ce que l’on rencontre habituellement pour la même condition médicale.

3) Trouble de conversion

Ici, il n’y a pas uniquement de la douleur mais il y a un déficit moteur et sensoriel. En plus des facteurs psychologiques associés directement, ce n’est pas intentionnel mais plutôt inconscient et ce n’est pas le résultat d’un trouble médical. Ceci amène une difficulté émotionnelle qui limite le fonctionnement.

 2- Troubles douloureux d’origine psychiatrique

a)   Trouble douloureux associé à des fac­teurs psychologiques

Le DSM –IV mentionne également la douleur psychogénique, qui est une douleur qui est le symptôme principal de la consultation chez un individu qui a des troubles d’adaptation personnel et social. Il n’y a pas de simulation volontaire et le tout est clairement lié à un psychodynamique explicable.

 b)   Trouble douloureux associé à des fac­teurs médicaux

Dans ce cas il faut que la douleur soit principalement la résultante d’une condi­tion médicale avec des facteurs psy­chologiques concomitants jouant un rôle mineur dans le maintient de la douleur.

3- Troubles factices

Le DSM-IV mentionne également la simulation qui est la production grossière d’une condition médicale, habituellement pour des gains particuliers, pour éviter l’armée, pour éviter la prison ou avoir un gain financier (assurances). Évidemment, cela arrive plus souvent chez de person­nes avec une personnalité antisociale qui sont amenés en évaluation directement par un avocat. S’il y a une grande différence entre la plainte et l’examen objectif ou s’il y a un manque de coopération lors de l’évaluation.

Néanmoins, il faut attention de ne pas utiliser ce terme sans raison. C’est un terme dangereux sur le plan légal qui est réservé à la psychiatrie et qui ne peut être utiliser en médecine. Même les psychia­tres préfèrent éviter ce terme et parlent plutôt d’un individu qui ne peut pas mon­trer un tableau complet et congruent.

Un exemple très typique dans notre pratique, c’est un individu qui consulte car son médecin pensait qu’il avait des symptômes psychiatriques rajoutés à ces problèmes médicaux de douleurs lom­baires. Cependant, comme nous ne trou­vions aucun symptôme psychiatrique, nous lui avons demandé clairement s’il avait de l’anxiété mais quand nous lui demandons dans quelle circonstance, il dit : « quand je me penche ». Quand on lui demande en quoi se pencher lui cause de l’anxiété, il dit que c’est parce qu’il ne sait pas jusqu’où il peut se pencher sans que la CSST lui enlève ses allocations. Il nous dit qu’il sait qu’il est filmé par la CSST et qu’il fait bien attention pour se pencher que d’une manière insuffisante pour ne pas qu’on lui enlève ses alloca­tions! Il trouve cet exercice très angois­sant!

 i) Le trouble factice ou le syndrome de Munchensen

Ce syndrome tire son nom du fameux baron Munchensen qui simulait des mal­adies pour passer d’un hôpital à l’autre et qu’on prenne soin de lui. Ceux qui en souffrent sont des individus qui ont un plaisir inconscient, anormal et psychia­trique d’imiter une pathologie. Ils se font parfois même opérer. Par exemple, dans la douleur abdominale, les symptômes sont flous et vagues et le patient connaît beaucoup la terminologie médicale.

III- Dépression et douleur chronique

A-  Comorbidité entre dépression et douleur chronique

Il faut comprendre que la dépression peut être amenée par de la souffrance, de la douleur et le changement de vie comme de diminuer ses sports, ses loisirs et ses plaisirs. Ceci amène une diminution de l’estime de soi et il sent une inquiétude au sujet des gains futurs. D’un autre côté, parallèlement, une douleur chronique peut être exacerbée par une dépression antérieure entre 34% et 57% selon les recherches.

De toute façon quelle que soit l’éti­ologie la dépression majeure coexiste à 50% dans la douleur chronique à cause des sentiments de démoralisation, dévalorisation et de culpabilisation. Quant à la dysthymie qui serait une dépression mineure, elle existe dans 75% des cas.

 B-  Hypothèses sur la comorbidité de la dépression

Il serait intéressant de savoir si c’est vrai-ment la douleur qui cause la dépression ou si c’est la dépression qui empire la douleur chronique. Donc, on considère qu’il peut y avoir plusieurs hypothèses.

Essentiellement, il y a 5 hypothèses de bases.

 1)      Dépression antécédente à la douleur

Dans ce cas, la dépression aurait existé et elle demeure lors de la douleur, donc il n’y a rien de changé de ce côté –là.

2)      Dépression comme conséquence Dans ce cas-ci, la dépression serait causée par la douleur et elle n’existait pas avant.

3)      Dépression comme cicatrice La dépression existait avant mais elle est exacerbée par le phénomène douloureux.

4)      Médiation cognitive comportementale

La recherche montre qu’un certain nom­bre de fausses croyances pouvait non seulement augmenter la dépression mais aussi la douleur.

5)      Mécanismes communs aux deux pathologies

Dans ces hypothèses les différents fac­teurs mentionnés pouvaient jouer un rôle ensemble.

Fishbain a évalué 40 recherches pour savoir quelles sont les hypothèses prou­vées dans ce domaine, D’abord, sur la dépression étant antécédentes à la Text Box: douleur chronique, rien n’a été prouvé. Ensuite, la dépression comme conséquence à la douleur chronique sans 100% de 15 études pertinentes ont montré la validité de cette hypothèse. Pour l’hypothèse de la dépression comme cicatrice, ils ont trouvé des preuves partielles seule-ment avec des parents dépressifs. Aussi, la médiation cognitive comportementale, il a trouvé 5 des 6 études comme perti­nentes. Enfin, l’hypothèse des mécan­ismes communs dans les deux pathologies, il y aurait 4 études qui stipulent que celle-ci est probablement vraie.

 C- Modèle de la diathèse Stress

 1- Étude de Banks et Kerns

On signale que ceci est tout à fait en accord avec la thèse de Fishbain mais en plus on signale qu’il y a des schémas négatifs qui affectent les deux pathologies. Ce sont des attributions internes stables qui amène à « learn helplessness » soit l’incapacité apprise en plus de déficits instrumentaux.

C’est également congruent avec le modèle de Gatchel, où on trouve qu’il y a des facteurs psychologiques prédisposant des désordres (diathèse exacerbée par la lutte contre la douleur).

IV- Douleur chronique et autres troubles psychiatriques

A- Comorbidité entre abus de substance et douleur chronique

Il est à noter que le taux de consommation des patients avec douleur chronique à vie est monte jusqu’à 41% au lieu de 16% dans la population générale. 94% des patients qui consomme à vie le faisaient avant de ressentir de la douleur. Le fait de consommer avant la douleur est un mauvais prédicateur pour le retour au travail. Probablement, que cette population s’auto médicamentait pour leurs troubles psy­chologiques antérieurs à leur douleur.

 B- Comorbidité entre douleur chronique et anxiété

95% des personnes avaient de l’anxiété avant la douleur. Donc, la diathèse pré morbide est accentuée par le stress. L’évitement des activités de la personne anxieuse prolonge la douleur et le mélange de l’anxiété avant de reprendre le travail est le scénario le plus fréquent.

C-  Comorbidité entre douleur et somatisation

Au début le DSM-IV demandait qu’il n’y ait rien d’organique pour que l’on puisse parler de somatisation mais il était diffi­cile de le démontrer au complet. Cependant le manque d’évidences ne signifie pas qu’il y a une absence de pathologies. Souvent une somatisation peut être amenée par un élément organique au début qui se maintient même quand la cause organique a disparue.

D-  Comorbidité entre douleur chronique et trouble de personnalité

Par définition, un trouble de personnaliest stable sur toute la durée de la vie, donc cela est préalable à la douleur. Les per­sonnalités les plus fréquentes dans la douleur chronique sont la personnalité histrionique, dépendante, paranoïde et borderline. Ces données sont assez sta­bles sur le MMPI. On s’aperçoit également que ces traits sont quand même légèrement fluctuants et que s’il y a une amélioration de la douleur, il y a aussi une amélioration dans le trait de personnalité.

V- Traitements

A- Évaluation clinique

Nous considérons qu’il est assez important de connaître l’histoire complète de la personne pour détecter des éléments d’une vie plus ou moins criminalisée (comme des formes de prostitution, des emprisonnements et des détentions) qui n’apparaissent pas si on ne fait pas une évaluation année après année de la vie du patient.

Dans l’histoire, il est important de comparer l’apparence objective avec les plaintes subjectives. Les somatisations se manifestent par une douleur dramatique qui semble omniprésente alors que des personnes qui ont été blessées d’une manière sérieuse se promènent parfois avec une canne et s’appuient dessus mais ne montrent pas un tableau théâtral.

Par contre, il ne faut pas tomber dans le piège de certains psychiatres qui ne voient rien d’objectif et prétendent qu’il n’y a rien. La psychiatrie consiste également à identifier les sentiments des indi­vidus mais ces sentiments doivent être congruents avec l’apparence extérieure.

B- Évaluation par tests psychologiques

Certains tests peuvent se faire pour aider l’évaluation, même un médecin de pra­tique général peut faire passer le test de Beck dans la salle d’attente, qui est un examen objectif qui tient compte de la dépression cachée et qui est un bon indicateur pour référé en psychiatrie et aide à convaincre le client. Un autre test le Hamilton prend plus de temps et l’examinateur a un rôle important à jouer.

Le MMPI-II, a l’avantage de contenir des échelles de validité (L= détecte si l’in­dividu se présente sous un jour favorable, F et Fb = détectent si l’individu exagère). Ces échelles mesurent la détresse des individus et il y a une échelle de plus Fp qui mesure 97% des simulateurs qui “scorent” au-dessus d’un certain niveau. L’échelle K fait des corrections et l’échelle de défensivité est utile. Il y a également des échelles subtiles qui ont été déterminés de manière statistique et les échelles ouvertes qui sont objectives. Si l’individu a des échelles subtiles plus élevées que les échelles ouvertes c’est que l’individu a cherché à nier le contenu de l’échelle comme la dépression. Par contre, si les échelles ouvertes sont plus élevées cela indique que l’individu a tenté d’exagérer sa pathologie dans l’échelle concernée.

Néanmoins, chez des personnes ayant subis des stress post-traumatiques, leur profil a tendance à tout amplifier et cela fait partie intégrale de leur maladie, ce n’est pas de la simulation bien que celle qui y ressemble sur le test. La prudence dans l’interprétation est donc de rigueur.

Dans la douleur chronique, on s’est aperçu que si l’échelle K est plus élevée (individu ouvert à ses problèmes psy­chologiques), il accepte plus sa condition psychologique liée à la douleur et habituellement la douleur s’améliore plus. Si l’échelle K est basse, il s’agit d’un individu dépendant, évitant et la douleur évolue moins bien.

L’échelle D3 de la dépression qui se manifeste de manière physique, l’échelle Hy3 qui note les troubles fonctionnels celle Hy4 qui détecte les troubles psycho-somatiques sont habituellement élevées dans la douleur chronique.

Habituellement, si la dépression est élevée, l’individu souffre et cherche à sor­tir de sa situation. Si l’échelle h’histrio­nisme et d’hypochondrie est élevée, il s’agit plutôt de quelqu’un qui prétend ne pas avoir de problème psychologique et le pronostic est moins bon à long terme. La même chose s’applique si les échelles HEA sont élevées. Si l’échelle WRK (work concerns) est élevée, cela indique que la personne a des problèmes au travail et évidemment que cela va retarder son retour au travail, le pronostic étant moins bon.

 C-           Traitement de la dépression associé à la douleur chronique

 1- La médication psychiatrique

Les antidépresseurs à double action sont préférés quand il y a des troubles soma-tiques. On entend par double action, un antidépresseur qui agit à la fois sur la noradrénaline et sur la sérotonine comme l’Effexor ou l’Amitriptiline le soir et un ISRS le jour ou Wellbutrin + Paxil. Dans ce cas-ci, on utilise deux médicaments pour avoir le même effet.

Les antidépresseurs agissent sur les douleurs migraineuses, sur les céphalées de tension, sur certaines dystrophie sym­pathique réflexe sur les membres fan­tômes, sur les neuropathies suite à un traumatisme, des névralgies post herpé­tiques, sur des douleurs centrales et polyneuropathiques.

Les anti-convulsivants comme la Carbamazépine, l’acide Valproique et le Gabapentin agissent sur les migraines, les douleurs neuropathiques.

Il y a des médicaments qui poten­tialisent les opiacés comme la Dextroamphétamine et le Methy­phenidate.

Le cannabis est très utilisé par les patients mais n’est pas toujours rapporté. Ils prétendent que c’est très efficace, mais à la longue cela les démotive, les troubles de mémoire sont prouvés et les recherches actuelles sur l’endo-cannabis ont trouvé une médication qui a les mêmes effets positifs que le cannabis sans ses effets négatifs.

Quant aux Benzodiazépines, elles sont efficaces mais très additives et à la longue peuvent diminuer la mémoire et la concentration et détruirent le sommeil. Le sevrage est parfois long et elles sont déconseillées pour les personnes souf­frant de toxicomanie.

 D-           Traitements psychologiques 

1- Traitement comportemental cognitif

 a) Fausses croyances, idées irrationnelles

Dans ce traitement, ce qui est important c’est de pouvoir faire la chasse aux fausses croyances. Les exemples de fausses croyances sont les suivants :

- Je n’ai pas le contrôle sur ma douleur

- Je ne vais jamais aller bien

- La douleur signifie une maladie dan­gereuse et chaque fois que j’ai une douleur cela signifie que mon état empire.

- Cela n’aurait jamais dû arriver, c’est la faute de quelqu’un d’autre

- Je ne travaillerai jamais plus

- Je n’aurai jamais plus aucun plaisir

- C’est la faute de……

- Il faut que je montre à tout le monde combien je suis malade pour qu’on puisse punir celui qui a causé cela

 ii) La réparation de ces idées se fait de la manière suivante :

Pour contrer, l’idée que l’individu n’a pas de contrôle sur la douleur, on peut lui faire comprendre que cela vient du cerveau et des neurones et que c’est possible de rééduquer le cerveau.

À celui qui dit qu’il ne va jamais aller bien, on lui rappelle qu’il peut se réajuster à cette nouvelle situation

Quand l’individu pense que c’est la douleur qui est indicatrice d’une maladie grave, on peut explique qu’il s’agit plutôt d’apprentissage des neurones qui ont pris de mauvaises habitudes et on lui donne l’exemple du membre fantôme.

À l’individu qui dit qu’il ne tra­vaillera jamais plus, on signale qu’une reprise peu à peu est utile et que la phrase : « le travail c’est la santé » a une grande part de vérité et qu’une réorientation de carrière est possible. Bien des personnes réorientent leur carrière à 50 ans, sans avoir eu de douleur chronique.

À celui qui dit qu’il n’aura plus aucun plaisir, il faut signaler à l’individu qu’il peut avoir des sortes de plaisir dif­férent.

À celui qui dit que c’est la faute de…., . Il faut lui faire comprendre que plus on a l’impression que le contrôle de nos actions est à l’extérieur de nous, la personne sera malade. Plus la personne réalise qu’elle a une part importante dans sa maladie, plus elle peut s’en sortir.

À celui qui se croit obligé d’aug­menter sa maladie pour que l’on punisse le coupable, il faut lui faire comprendre qu’il se punit d’abord lui-même et que toute maladie qui n’est pas active a tendance à s’améliorer.