Dr Édouard Beltrami
Médecin - Psychiatre
Sexologue clinicien
Professeur honoraire
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Le harcèlement en milieu de travail

Par Dr Édouard Beltrami

Définitions du harcèlement sexuel

  1. France : Se prévaloir de son autorité pour faire pression sur une personne afin d’en obtenir des faveurs de nature sexuelle.  Ces faveurs sexuelles peuvent être pour son propre compte ou d’un tiers (le tiers peut être un client de l’entreprise).  Par pression, on entend par le fait de proférer des menaces, d’intimer des ordres ou de soumettre à des contraintes. 

 

  1. Canada : Un acte qui est de nature à porter atteinte à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique d’une personne de nature à entraîner pour elle des conditions de travail défavorables ou à un renvoi à une conduite qui se manifeste par des paroles, des actes et des gestes à connotations sexuelles répétées ou non désirées.[1] 

 En fait, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de nuances et beaucoup de présentation du harcèlement sexuel.  La forme la plus classique, la plus ancienne, est de faire réaliser à un employé, habituellement de sexe féminin, par son patron ou un supérieur de sexe masculin, qu’elle pourrait obtenir un emploi ou une promotion à conditions qu’ils aient des relations sexuelles. Cela peut être annoncé de manière directe ou indirecte.

Cas de l’obsessionnel froid qui dégèle seulement en situation érotique

Un scénario fréquent consiste en un l’individu masculin et en autorité, qui d’habitude a un air sévère et pardonne peu les erreurs.  La personne de sexe féminin en dessous de ses ordres a une peur constante de ses réactions et anticipe ses critiques.  Puis un jour il devient gentil, aimable mais aussi fait des commentaires ou des farces sur sa beauté, sur son habillement, sur le fait qu’elle est excitante sexuellement et si elle accepte,devient donc plus chaleureux et fait encore plus de félicitations à cette employée.  La même procédure peut s’appliquer pour des touchers, qui débutent légers (tenir par les épaules, prendre par la taille, etc.) puis qui s’intensifient.  S’il n’y a pas de « non » assez catégorique ces gestes peuvent devenir plus sexuels. Par la suite, il y a des sorties en tête-à-tête sous la couverture du travail mais qui peuvent devenir de véritable tête-à-tête avec des demandes sexuelles plus explicites. 

Le pseudo harcèlement

Un domaine qui est moins clair pour l’intervenant qui élucide un harcèlement allégué situation, peut être illustrer par l’exemple suivant.   Une femme consulte et dit qu’elle a été harcelée par son patron.  Quand on analyse la situation, on réalise qu’elle partait de sa propre volonté du bureau et allait avec lui dans un motel et a eu plusieurs relations sexuelles sur une période de plusieurs mois.  Quand on lui demande en quoi ceci est un harcèlement ou autre, elle répond : « j’avais deux enfants à nourrir, je tenais à tout prix à cet emploi, et comme avant d’aller à l’hôtel, on de mangeait, et on buvait copieusement, je n’étais pas dans mon état normal : j’avais bu, j’étais pas responsable à 100%’ ».  Il est évident qu’une situation semblable est loin de la notion de harcèlement pure et dure.

Le cas de l’aventure qui tourne mal

Une personne de sexe féminin accepte des relations sexuelles et tout fonctionne bien, jusqu’au temps où la relation se termine.  À ce moment, la personne qui ne s’était jamais plaint de ce qui se passait, se met à se plaindre et dire qu’elle a été amenée contre son gré dans cette situation. 

Pour qu’il y ait vraiment abus, il faut que cette personne puisse prouver qu’elle était dans une situation d’infériorité ou de soumission importante.  Quand il s’agit de personne mineure, la question ne se pose pas, c’est toujours, l’adulte qui a tort d’avoir eu des relations inadéquates avec un mineur.  Par contre, quand il s’agit d’une personne majeure, il faut vraiment prouver que la personne, qui se considère avoir été abusée ou harcelée, se trouve dans une situation où il était très difficile de refuser les relations.  Ce qui n’est pas toujours évident.

Une exagération de ce type de situation, qui me paraît abusive, c’est l’exemple d’une femme aux États-Unis, qui au début ne se plaignait de sortir avec son médecin.  Elle se marie avec lui et vit avec lui 10 ans.  Puis, une séparation survient.  À ce moment, elle le poursuit en indiquant que ce médecin a couché avec elle (qui était sa patiente), elle allègue qu’il avait un pouvoir sur elle puisqu’il connaissait tout d’elle à cause de son dossier médical.  Il savait comment s’y prendre pour la séduire, puisqu’il connaissait ses faiblesses et qu’elle s’est mariée sous de fausses représentations.  Il est évident que cette femme avait un bon 10 ans pour pouvoir se plaindre et que cette situation représente plutôt de la manipulation dans un litige de divorce ou de garde d’enfant.

Harcèlement fait par une femme qui échoue

Certains rapports semblent indiquer que les femmes les femmes, au Québec dans les régions éloignées harcèlent de plus en plus les hommes. Mais devant un échec ou comme manipulation pour arriver à leurs fins elles menacent de se plaindre de harcèlement si elles ne sont pas acceptées.  Par exemple femme souhaite sortir avec son patron ou compagnon de travail et elle lui fait plusieurs propositions.  Devant le refus de celui-ci, elle menace de l’accuser de harcèlement sexuel.  Là encore, la situation n’est pas toujours très claire, il y a souvent un flirt partagé par les deux et parfois des touchers ou baiser.  Mais l’individu masculin décide de ne pas aller plus loin.  Dans cet exemple, il est évident qu’il y a déjà eu des contacts et que cette femme peut considérer, en partie, avoir raison du fait qu’il y a eu des contacts physiques.  Par contre, c’est elle qui les a davantage initiés et c’est quand l’autre personne a refusé ces contacts que la femme a commencé sa plainte.

D’autres formes de harcèlement

Il y a d’autres formes de harcèlement qui viennent parfois d’une définition trop stricte du harcèlement sexuel.  Nous avons vu qu’il y a des différences entre la version française et canadienne.  Dans la définition canadienne, on parle d’une conduite qui se manifeste par des paroles, des actes et des gestes à connotations sexuelles répétées ou non désirées.  Nous sommes d’accord que dans certaines situations, une femme qui a de la difficulté à se concentrer ou à travailler à cause de farces sexuelles indues, exagérées et répétitives, est incluse dans cette définition.  Par contre, dans un article scientifique, des chercheurs affirmaient que 51% des femmes médecins étaient harcelées par leurs collègues masculins. 

Mais à la suite, d’une analyse de l’article, nous nous apercevons qu’en fait qu’il s’agit de médecins de sexe masculin qui font des farces sexuelles devant leurs collègues féminines.  Il faut comprendre que dans le domaine médical, les organes génitaux, la sexualité et la mort font parties de la matière à l’étude.  De plus, le fait de côtoyer la mort semble produire par réaction, comme l’a bien fait remarquer l’auteur Axel Munthe, de faire augmenter les fantasmes sexuels et les désirs sexuels.  De plus, le tabou sexuel n’est pas aussi grand que dans d’autres entreprises, puisque le fait de parler de relations sexuelles, de génitalité fait en fait partie du métier.  Il y a donc là une exagération dans la définition.

Une forme fréquente de harcèlement : « Stalking » (suivre avec insistance)

Un autre type de harcèlement est de suivre quelqu’un avec insistance et de lui envoyer des lettres.  Ceci se traduit en anglais par : « stalking ».   Cette pratique peut briser la vie de bien des gens.    Dans un congrès en Nouvel Orléans en 2000, il est démontré que fréquemment les victimes de ce genre de harcèlement, sont les médecins.  Des notions psychiatriques de base, nous indiquent que dans la relation thérapeutique psychiatrique, le psychiatre ou le psychanalyste est l’objet de ce qui a été appelé la relation transférentielle. Lors du transfert le patient projette sur la personne du thérapeute, les sentiments qu’il éprouve en fait vis à vis d’autres personnes ou il pense que le thérapeute a envers lui les sentiments qu’il souhaiterait recevoir.

Dans la médecine, ce phénomène n’est pas aussi intense.  Mais si le médecin s’implique moindrement avec son patient (en se renseignant sur sa famille, ses amis, son état d’esprit et sa vie sexuelle, etc.), ce phénomène de transfert existe au point que certains patients font un semi-délire érotomaniaque, vis à vis du médecin.  Le client cherche alors à parler au médecin, à le contacter en dehors du bureau.  Ce phénomène existe d’une manière relativement égale entre femmes et hommes.  Les femmes essayant de poursuivre les médecins hommes et vice versa.  Néanmoins, il est de plus en plus fréquent de rapporter des harcèlements d’homme à homme et femme à femme. 

Conseils aux médecins lors du congrès de Nouvel Orléans pour contrer le « Stalking »

  1. Dire un non très clair et ferme.  Il faut comprendre que le patient qui a ce comportement a l’esprit un peu obnubilé et n’a pas un bon sens de la réalité.  Si le médecin est ambigu, le patient continue à projeter.  Il faut donc éviter des phrases comme : je ne peux pas vous rencontrer socialement, ma profession me l’interdit ou je suis marié.  Ce genre de réponse est interprétée, comme une possibilité éventuelle, mais que certaines circonstances extérieures empêchent, laissant donc de l’espoir.  Il est préférable de garder la relation thérapeutique si cela est possible lorsque le ou la cliente comprend le « non ».  Par contre, si la situation devient plus poussée, il ne faut pas avoir peur de mettre un terme à la relation thérapeutique tout en référant le client à quelqu’un d’autre.

La motivation des personnes qui harcèlent peut être différente, on retrouve des personnes qui sont érotomaniaques qui sont persuadées que la personne est en amour avec eux.  Il y a des schizophrènes qui sont en dehors de la réalité, il y a des personnes bipolaires dans leur phase maniaque pour qui les barrières et les limites n’existent pas ou il y a tout simplement des gens avec des troubles de personnalité à tendance anti-sociale (anciennement psychopathique) ou des personnalités borderline, qui ont tendance à survaloriser les gens autour d’eux puis les dévaloriser et qui réagissent fortement à l’abandon. 

  1. Il est recommandé aux médecins de sortir de son isolement en parlant au travail,  à la police ou aux membres de la famille afin de ne pas subir un chantage du silence. 
  2. Il faut refuser tout cadeau, fleur ou lettre du client.

Dans ma propre pratique, lorsque de telles situations arrivent, je les renvoie au médecin traitant, à l’hôpital ou au domicile du client, sans même les ouvrir.  Le message est d’habitude assez clair.

Typologie des personnes pratiquant le « Stalking »

·        34% sont des personnes sont avides d’intimité et qui cherche un amour illusoire

·        15% sont des individus incompétents dans leurs interactions qui cherchent un contact mais qui sont arrogant, ineptes et facilement refusés dans les bars ou autres endroits de rencontre

·        4% sont des personnes sont en quêtes de crimes et analysent le comportement de leurs victimes pour mieux les surprendre. 

En conclusion

Le harcèlement sexuel dans le milieu de travail est très répandu, il peut prendre des formes différentes et les législations dans les pays sont différentes.  Il n’est pas toujours facile de départager le vrai et le faux.  Actuellement les caméras de surveillance ont montré que les allégations étaient parfois totalement fausses, et que la personne qui se disait harcelée était parfois la personne qui harcelait.  C’est une situation qu’il faut traiter avec délicatesse.  D’une manière assez étonnante, les médecins eux-mêmes sont fortement sujets à des harcèlements et cela affecte leur pratique et les force parfois d’aller ailleurs.  Donc, ce n’est pas une activité superficielle et légère car le milieu de travail est rendu extrêmement difficile pour ces raisons.  Par contre, le médecin non harcelé qui est au courant de ses activités doit les analyser et référer la personne à un professionnel compétent qui pourra l’aider. 

[1] Commission des droits de la personne. Mieux géré en équité. Section sur le harcèlement sexuel en milieu de travail.