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Dr Édouard Beltrami Médecin - Psychiatre Sexologue clinicien Professeur honoraire |
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Journal La Réussite
GUERRILLA
ENTRE ASSUREURS ET ASSURÉS : TACTIQUES ABUSIVES
Le
Dr Édouard Beltrami a longtemps été professeur en sexologie. Celui-ci s’est
aussi beaucoup occupé de victimes d’abus sexuels et de harcèlement en milieu
professionnel. Son
expérience de psychiatre l’a amené à siéger au C.A. de l’Association
des Médecins du travail. Enfin, ces dernières années, il a traité beaucoup
de personnes victimes de burnout en plus d’effectuer des expertises dans le
domaine du travail. Cette fois, il nous fait part des mécanismes dont sont
victimes énormément de personnes inaptes au travail dans cette lutte qui les
opposent à leurs assureurs.
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Sylvestre Rios Falcon |
De
par sa spécialité, Édouard Beltrami s’est penché plus spécifiquement sur
les cas de réclamations qui touchent les victimes de burnout, de dépression,
mais aussi de douleurs reliées aux nerfs. Dans ces cas précis, nous allons
voir comment les personnes atteintes, mais aussi les professionnels qui traitent
les malades, sont victimes de la guerre ouverte que leur livrent ceux qui
devaient les dédommager.
Les origines du conflit
D’une
part, la désinstitutionalisation nuit beaucoup. Les gens, précédemment
pris en charge par le système et qui se reconstituaient en institution
psychiatrique, se retrouvent aujourd’hui chez eux où leur état se détériore.
D’autre
part, face au défi de la mondialisation et à cause d’une main-d’œuvre
moins exigeante à l’étranger, nos entreprises ont fait de nombreuses
coupures. Les compagnies d’assurances font donc face à des dépenses énormes
qu’elles n’avaient pas prévues, voilà à peine 10 ans.
La
main sur le portefeuille
Certaines
raisons motivent les assureurs. D’abord, les maladies du système nerveux, les
douleurs inexplicables et les maladies que la médecine comprend encore mal
augmentent. Les dépenses des assureurs aussi.
Ensuite,
contrairement à un infarctus, les domaines qui touchent aux douleurs liées au
système nerveux, à la fatigue, sont très difficiles à circonscrire. Les
diagnostics ne peuvent être rapides et nets.
Enfin,
certains intervenants trop bienveillants ne renvoient leur patients au travail
que lorsqu’ils sont “totalement bien”. Une erreur selon le Dr. Beltrami
qui voit là un désentraînement de l’individu qui se détériore dans
l’inactivité prolongée. Le retour au travail est long et plus coûteux pour
les assurances.
Stratégies
de la guerrilla
Pour
l’aide psychologique, les assurances dépensent en moyenne 500$ des frais par
cas. Souvent, elles ne donnent aux
assurés qu’un résumé de leur contrat. Pourtant, les détails sont cruciaux.
Lorsque les gens appellent pour savoir si leur cas, quel qu’il soit, est
couvert, la réponse est presque systématiquement “non”. La stratégie s’appuie
sur le malaise. Les appelants sont souvent déprimés ou gênés par la nature
psychiatrique de leurs maux. Devant un “non”, 9 personnes sur 10 ne
contestent pas la décision! LA personne qui se bat sera pourtant payée.
La deuxième stratégie consiste à dévaloriser systématiquement l’intervenant psychologique, pourtant la seule personne ressource du réclamant. D’abord, par des exclusions. Pour certains assureurs, les intervenants ne doivent toucher aucune somme de la Régie d’assurance maladie du Québec. Ils sont très peu au Québec. Parfois, on demande deux professions au même intervenant. Par exemple, le psychiatre doit aussi être psychanalyste. Ensuite, certains vont miner la crédibilité du professionnel: untel ne fait pas partie de l’Association de psychanalystes, l’autre ne possède pas tel diplôme dont il est pourtant exempté pour exercer. Le Dr. Beltrami, pourtant membre d’au moins cinq associations professionnelles importantes, a connu ce genre de dénigrement.
La
troisième manœuvre est la fuite. Tout se fait par téléphone.
L’interlocuteur est anonyme, les documents informatisés ne comportent aucune
signature, rendant impossible toute poursuite judiciaire.
Enfin,
quatrième stratégie: la fausse représentation. Le contrat prétend couvrir
90% des frais en psychologie. La personne s’engage auprès d’un thérapeute
puis découvre que son assurance couvre effectivement 90%… mais des premiers
25$ de consultation!
Pratiques
contreproductives
Les
assurances ne favorisent pas forcément les solutions les plus adéquates pour
les patients assurés. Selon Édouard Beltrami, elles payent les services de
psychothérapeutes parfois peu formés, la naturopathie, qui exige peu de
connaissances, plutôt que des traitements éprouvés en psychiatrie, capables
d’aider réellement les gens à s’en sortir. Elles appuient aussi la
psychanalyse. Or, il faut de 3 à 5 ans à raison de 3 consultations par semaine
pour obtenir des résultats satisfaisants. Les assureurs ne s’engagent certes
pas dans de telles dépenses. De plus, les psychanalystes pouvant être non-médecin
s’avèrent inefficaces dans les cas de dépressions majeures.
Enfin,
en rognant sur les soins psychologiques adéquats, les assurances retardent le
retour au travail de l’individu et perdent davantage en défrayant pendant ce
temps de l’assurance salaire.
Expertises
sévères envers les clients
Le
Dr. Beltrami soutient que parfois, il est vrai que certains médecins n’ayant
aucune formation en psychiatrie, manquant de temps, peuvent étirer inutilement
l’état d’un patient atteint de dépression alors qu’un bon traitement et
une médication appropriée pourraient accélérer la guérison. Cependant,
quand on sait qu’une expertise en psychiatrie peut coûter jusqu’à 600$ aux
assureurs, on comprend aussi que les experts doivent être “rentables”. Tous
ne sont pas nécessairement malhonnêtes. Mais souvent, ils défendent en toute
honnêteté certaines philosophies psychanalitiques qui écartent le diagnostic
de mal psychologique. Alors, face à un expert qui n’est pas forcément
sympathique à sa cause, la personne qui souffre de troubles psychiatriques et
qui doit refaire son histoire émotionnelle et même sexuelle, se sent dévalorisée.
Assurés
abandonnés
“60
à 70% des cas de dépressions actuellement proviennent de conflits au niveau du
travail”, souligne le Dr. Beltrami. Coupures de poste, de salaire, changements
fréquents de patron, dépréciation de l’employé, sont quelques facteurs. On
parle de “troubles administratifs” qui conduisent à la dépression.
L’expert, lui, refuse de voir cette dépression comme un trouble médical. Il
soutient que la médecine ne doit pas payer pour des mauvaises
“administrations”, donc les assurances ne payent pas. Ces experts perdent très
souvent en cours mais, seulement 1 cas sur 50 se rend devant les tribunaux! Par
conséquent, l’individu effectivement malade, qui ne travaille plus, est
abandonné pendant qu’on lésine sur la responsabilité de sa maladie. Quant
à la C.S.S.T. , elle ne paye pas non plus. Il lui faut une seule date
d’accident et ce genre de microtraumatismes ne rentrent pas dans ces critères.
L’individu ne reçoit rien.
Zone
floue
Selon
le Dr. Beltrami, la conjoncture économique, les nouvelles maladies mal cernées
(fibromyalgie, fatigue chronique), l’avancement de la science qui empêche
d’avoir des diagnostics médicaux purs, l’aspect psychologique de plus en
plus marqué et l’augmentation des maux reliés
au système nerveux créent une zone suffisamment floue qui permet aux
assurances de ne pas payer les gens malades. “Cela peut partir d’un
mouvement de clarification des choses mais, d’un autre côté, il y a une exagération
extrêmement nuisible qui donne une très mauvaise relation entre les assureurs
et leurs assurés”, conclut-il.
Le
Docteur Beltrami possède son site Internet à l’adresse suivante :
EXERGUES :
“
60 à 70% des cas de dépressions actuellement proviennent de conflits au niveau
du travail. ” “ Quand on sait qu’une expertise en psychiatrie peut coûter jusqu’à 600$ aux assureurs, on comprend que les experts doivent être rentables. ”
“ Les compagnies d’assurances font donc face à des dépenses énormes qu’elles n’avaient pas prévues, voilà à peine 10 ans. ” |